Après trois mois d’absence, Odonou Lucas est de retour à Abidjan. Il m’a appelé pour qu’on se voie. Honnêtement, vu la manière dont nous nous sommes séparés la dernière fois, je n’avais aucunement envie de revoir sa tronche. Mais face à son insistance, j’ai dû m’y résoudre. Après tout, l’erreur est humaine. Pourquoi pas un nouveau départ ?

Un autre rendez-vous est pris pour un nouveau départ. Mais cette fois, c’est moi qui dirige tout. J’ai pris soin de choisir un endroit autre qu’un hôtel. J’ai opté pour un glacier. J’adore les glaces, surtout celles au chocolat noir ! Comprenez-moi, au moins je peux me vanter avec 1.566.705 tonnes en 2016 d’être ressortissante du premier pays producteur mondial de cacao, cette matière première servant à faire le chocolat.

glace au chocolat: image pris sur le web

Pour ne pas avoir de surprise désagréable, j’ai fixé la rencontre à 17h, une heure raisonnable et j’étais là dix minutes plus tôt. A 16h58 minutes, Lucas fit son entrée dans le glacier. Il me salue d’un air timide avant de s’asseoir en face de moi. Je sentais une petite gêne dans ses yeux lorsque nos regards se croisaient. Du coup, j’ai essayé de détendre l’atmosphère en lui souhaitant la traditionnelle akwaba* avec un grand sourire. Mais c’était peine perdue : il avait toujours ce malaise sur son visage.D’ailleurs, il m’a avoué être à Babi* depuis deux semaines et c’est seulement maintenant qu’il a eu le courage de me contacter.

Je ne vous cache pas que j’aimais bien cette gêne dans son regard qui l’empêchait de me regarder droit dans les yeux. Ça m’amusait.En me remémorant la dernière séparation,  j’avais envie de rire.Lui se jouant le danhéré* avec son verre de whisky en main, attendant de profiter de la «marchandise» avec un air un peu hautain. Et là, je le retrouve en position de faiblesse devant moi ce soir… Huuuum !

Le passé c’est le passé

Au fait, je pense que vous avez le droit de savoir comment j’ai pu me sortir de cette situation humiliante d’il y a quelques mois. Bien évidemment je me suis jetée sur lui en le traitant de tous les noms … Non, je rigole.

J’étais tellement surprise par les événements qu’au lieu de me comporter comme une vraie femme en lui gueulant ou criant dessus et faisant du scandale, j’ai juste refermé la porte derrière moi, et me suis dirigée vers l’ascenseur tranquillement. Dans le taxi qui me ramenait à mon « entrer-coucher »,* mille et une questions me revenaient encore en tête. Comment a-t-il pu penser une chose pareille ?

Mais bon, c’était il y a trois mois, j’ai quand même eu le temps de digérer ce malentendu.Lucas n’as pas voulu tourner autour du pot et est allé droit au but après qu’il ait goûté au cocktail que la belle serveuse venait de lui déposer.

  • Je suis désolé pour ce qui s’est passé la dernière fois. En réalité je n’ai vraiment pas de mot juste pour te présenter mes excuses. Mais je tenais à le faire, je me disais que les mots viendraient tout seuls une fois en ta présence mais je pense qu’ils m’ont vraiment lâché.Pardon ! Avait balbutié Lucas.

J’ai pris le temps d’écouter son speech. A dire vrai, j’avais déjà tout digéré, j’étais là juste pour la forme.Mais j’avais l’occasion de lui poser la question qui me taraudait depuis tout ce temps.Je n’ai pas hésité:

  • Ok, mais je veux bien savoir comment vous avez pu pensez à une chose pareille à mon sujet ?
  • Je ne sais pas si j’ai manqué de discernement avec toi mais je trouve que les filles qui font le trottoir ne sont pas des professionnelles. Les vraies sont passées à une autre étape.
  • Elles ont des stratégies émergentes alors pour utiliser le terme en vogue? C’est ça ? Lui avais-je demandé.
  • (rire) Je ne vous apprends rien je suppose qu’avec votre métier, vous devriez le savoir. Mais te concernant je pense que j’ai tiré la mauvaise conclusion.

Lucas m’a raconté que mon comportement éveillait des soupçons. »Les préservatifs, le gel douche, ta présence dans des hôtels à des heures indues, ta manière de parler à voix basse. En faisant le rapprochement, Je me suis dit que tu m’envoyais un signal. » Avait-il précisé.

La gêne de mon interlocuteur disparaissait au fur et à mesure qu’il parlait. Il m’avoua que je lui avais tapé dans l’œil depuis le premier soir, d’où les phares braqués sur moi pour mieux me regarder.Mais il s’était également demandé de son côté comment je pouvais me prostituer au lieu de chercher un boulot raisonnable.

  • Et même si je le faisais vraiment, est-ce une raison de traiter une femme de la sorte ? «rassures toi,  tu seras payée. Peut-être même au-delà de tes espérances.» Ce n’est pas digne d’un gentleman bon enfin si tu l’es.

Lucas continuait son déballage, me précisant qu’il avait souvent pensé à moi depuis le soir devant la pharmacie.Il dit avoir été frustré par le fait que je l’évitais, raison pour laquelle il s’est comporté de la sorte avec moi.

-si les autres payaient pour coucher avec toi pourquoi me faire tourner en rond. Mais rassure toi, je ne m’étais jamais comporté ainsi avec une femme y compris  celles que je payent pour … Mais depuis je suis vraiment soulager que tu ne sois une P … Même si j’ai un peu honte je suis content de te revoir.

Mon interlocuteur avait beaucoup parlé et c’était à mon tour de lui dire quelque chose :

-J’accepte tes excuses. Et comme je te l’avais dit la dernière fois, je suis journaliste, raison pour laquelle je suis la plupart du temps dans les hôtels mais à des cérémonies. C’est à ces endroits qu’ont lieu les manifestations. J’en ai profité pour lui expliquer ce qui a fait la cause du quiproquo. J’ai donc mentionné que j’avais reçu les préservatifs suite à une visite que j’avais effectuée au CHU de Treichville. Concernant l’hôtel Tiama, je venais remettre de l’attiéké* à un confrère guinéen qui rentrait ce jour même chez lui et devait donc quitter l’hôtel à 8h pour l’aéroport : d’où ma présence à cette heure matinale pour qu’il ait le temps de les ranger. Pour le dernier appel, je sortais d’un dîner avec plusieurs autres confrères et le service de communication d’un ministre pour une future mission.

  • Autres préoccupations ? lui avais-je demandé avec un air moqueur
  • NON

Le nouveau départ

La conversation avait continué et puis nous avions commencé à discuter de tout et de rien comme si nous nous étions toujours  fréquentés. J’étais à ma 3ème  glace au chocolat en 1h. Subitement, je me suis rendue compte quand il riait qu’il avait une belle dentition. Je découvre aussi qu’il n’est pas mal comme mec.

Et puis, pendant que j’y pense, j’ai eu le temps de l’admirer véritablement lorsqu’il rentrait dans le glacier. En cinq secondes je l’avais passé au scanner. Il était tout frais comme s’il venait de prendre une douche. 1m96 environ, une petite couronne grisonnante montrant bien sa maturité. Sa masculinité s’affichait par un buste bien ferme. J’imaginais le nombre d’heures qu’il passait en salle pour avoir un tel corps. Aucune graisse au niveau du ventre.On était tous les deux détendus et nous tapions dans la main en discutant. Il m’apprit qu’il était veuf depuis 3 ans avec un petit garçon de 5 ans. Voilà maintenant trois heures que nous étions là et n’avions pas vraiment envie de nous séparer. Nous avions convenus de dîner ensemble dans quarante-huit heures.

Il parait que les vraies amitiés commencent toujours par une bagarre. J’aimerais savoir comment les vraies histoires d’amour commencent parce que nous en sommes déjà à deux bagarres en trois rencontres. Et apparemment ça commence à « coller » entre nous. Je pense que c’est un nouveau départ.

Fin !

 

*Akwaba : la bienvenue

*Attiéké : semoule de manioc

*Babi : Abidjan

*Entrer-coucher : studio à l’ancienne,sans toilettes ni cuisine

*Danhéré : dangereux en argot ivoirien