Elisabeth N’Guessan (à gauche) et Désirée Kouakou (à droite) sont les seules arbitres femmes de cette 8e édition de la Mara’CAN, à Conakry. Je les ai interrogées sur leur parcours et leur vision du sport féminin.

Est-ce que vous jouez au football ou au maracana?

Elisabeth N’Guessan : J’ai commencé au football, puis j’ai transité par le handball avant de venir au maracana.

Désirée Kouakou : Moi j’ai seulement joué au handball, puis j’ai fait l’arbitrage au handball et aujourd’hui je suis au maracana.

Comment est-ce que vous êtes devenues arbitres? Quelle est votre histoire?

DK : Il faut dire que le sport, c’est depuis le bas-âge. C’est une passion pour moi. Et surtout l’arbitrage, c’est une passion pour moi. J’aime beaucoup l’arbitrage. J’ai pratiqué le handball juste quelques mois, puis je suis partie faire l’arbitrage. Et voir tout ce qui se pratique sur les espaces réduits, ça me fascine. Raison pour laquelle j’ai basculé au maracana.

EN : C’est pareil pour moi. J’étais d’abord joueuse de handball, j’ai fait le championnat national. Et après, l’arbitrage, ça me fascine. J’aime beaucoup. J’ai transité au handball. C’est au handball que Désirée et moi on s’est croisées. On a été binôme, parce qu’au handball, ça se siffle par binôme. Au maracana, c’est par paire, mais nous ne sommes pas encore des binômes. Ca veut dire que je peux siffler avec elle, je peux siffler avec homme… Donc c’est du handball que l’on a voulu venir découvrir d’autres horizons. Et depuis 2013 nous sommes au maracana.

Hier, je vous ai vues avec tous les arbitres en train de vous entraîner avant le début des matchs. Sur dix arbitres, j’ai vu que vous étiez les seules femmes. Comment vous vous sentez dans ce milieu d’hommes? 

DK : Nous sommes à l’aise, il faut dire que nous ne sommes pas les seules dames. Il y a d’autres dames mais qui ne sont pas arrivées par faute de moyens, d’autres pour des raisons de santé. Dieu a voulu que nous soyons là. Raison pour laquelle nous sommes deux seulement. Sinon il y en a d’autres. Il y a une Togolaise, il y a des Ivoiriennes aussi qui sont restées en Côte d’Ivoire. Bon, la chance s’est portée sur nous deux. Mais au milieu des garçons, on se sent en sécurité, nous sommes comme les hommes.

EN : Oui, je pense qu’elle a tout dit. Avec les hommes, c’est une question d’habitude. Comme je vous l’ai dit, on était déjà dans le milieu du sport… On croise des hommes souvent, et donc aujourd’hui, être avec eux, on ne voit pas comme des femmes. On fait le même travail que les hommes. Ce qu’ils font, on peut le faire ! On le fait même bien. Donc quand nous sommes en maillot, on ne sent plus comme une femme. On fait respecter les lois du maracana.

Est-ce qu’il vous est déjà arrivé de subir des actes de harcèlement ?

EN : Harcèlement non, mais des injures oui. Surtout au championnat national de Côte d’Ivoire. Moi j’ai été victime d’un club dont je vais taire le nom. Mais bon, c’est le sport. Donc on met ça sur le compte du sport et puis ça nous passe.

DK : Oui, il faut dire que l’on comprend aussi ces clubs-là. C’est la passion qui prime, quand on est dans le feu de l’action. Quand ils se voient en train de perdre un match, il faut chercher un coupable. Du coup automatiquement, on dit l’arbitre ! Mais au plan harcèlement, non non. On ne donne pas d’occasion aux hommes d’aborder ce sujet avec nous. Comme on vous l’a dit, on se sent comme des hommes.

Est-ce que vous coachez des filles, est-ce que vous donnez envie aux jeunes filles de vous rejoindre ? 

DK : Oui, surtout que nous devons faire la promotion du genre féminin auprès du maracana. Nous sommes toujours dans la sensibilisation du genre féminin pour nous rejoindre au maracana. Parce que tôt ou tard, nous allons prendre la porte de la sortie donc il nous faut une relève.

EN : Oui, elle a tout dit !

Merci à vous, et bon match !