59 ans d’indépendance ! La Côte d’Ivoire, plus que mature, a besoin d’une réconciliation véritable.

Dans le cadre d’un micro trottoir que nous voulions publier sur tcheladay.info pour les 59 ans d’indépendance du pays, le 7 août 2019, j’ai eu à interviewer des Ivoiriens. Ma question était simple. « 7 Août 1960 -7 août 2019. La Côte d’Ivoire célèbre 59 ans d’indépendance. A quelques mois de 2020, date de l’émergence promise par le président Alassane Ouattara, les Ivoiriens croient-ils toujours en une Côte d’Ivoire émergente ? » Comme réponse, la plupart d’entre eux faisaient allusion à la réconciliation nationale. Oui, la réconciliation nationale !

Une dame m’a particulièrement touchée. Après ma question, elle poussa un soupir. Sa réponse ? « Désolée mais je ne peux pas m’exprimer sur la question. Je suis mal placée pour le faire. J’ai des frères dans l’armée qui ont été arrêtés puis emprisonnés depuis la crise post électorale. Comment puis-je parler d’émergence ? Je ne veux pas leur créer de problèmes en parlant. » Puis baissant les yeux pour cacher les larmes qui lui montaient aux yeux la femme me donne dos et continue son chemin.


59 ans d’indépendance sans réconciliation, c’est gênant

Depuis 1999, la Côte d’Ivoire connait une instabilité due à de nombreuses crises. La plus grave est la crise post-électorale de 2011, après la chute du pouvoir de Laurent Gbagbo. Cette crise a fait officiellement 3 000 morts. Elle a également fait naître des frustrations dans la population.

Depuis lors, malgré l’image parfaite que l’on veut montrer à l’extérieur, la Côte d’Ivoire reste un pays où les différentes populations se regardent en chien de faïence. Pour preuve, plusieurs crises interethniques se sont déclenchées dans le pays. Dans le premier semestre de 2019, on a assisté à plusieurs conflits entre ethnies. Le 12 avril dernier, suite à une bagarre entre un jeune malinké et un abbey à Agboville, dans le sud du pays, des affrontements entre ces deux ethnies ont causé plusieurs morts et des dégâts matériels. Deux jours avant, c’est la région de N’Douci qui connaissait ces affrontements interethniques. Le 18 mai, à Abengourou, un conflit foncier impliquant deux tendances de la communauté musulmane tournait à l’affrontement, causant des blessés graves. C’est sans oublier celle qui a fait bouger la toile, les affrontements de Béoumi.

Le président Alassane Ouattara – photo officielle

La Côte d’Ivoire indépendante, mais les conflits interethniques y règnent

Et en ce jour de célébration des 59 ans d’indépendance de la Côte d’Ivoire, certainement que des Ivoiriens sont à l’hôpital après un affrontement. En effet, il y a quelques heures les villageois de N’Dakouassikro, les orpailleurs et les gendarmes se sont affrontés.

Selon Albert Yao sociologue :

« Les conflits interethniques auxquels nous assistons ne sont que l’émanation de la guéguerre politique qui se passe au sommet de l’Etat ivoirien. Cette situation met à nu les limites du processus de réconciliation nationale réalisée en Côte d’ivoire car, au lieu de réconciliation nationale, on assiste à un rattrapage ethnique en Côte d’ivoire. Si la réconciliation était vraie et véritable, nous n’assisterions pas à des conflits interethniques. Car, les conflits interethniques naissent de l’injustice sociale : la promotion d’une seule ethnie par rapport aux autres. »

Le 6 août, dans son adresse à la population ivoirienne, le président Alassane Ouattara a déploré ce fait et demande aux acteurs politiques d’arrêter d’attiser le feu. Sera-t-il entendu ?

Que ces 59 ans d’indépendance soient le début d’une réconciliation vraie. Mais surtout le début d’une paix durable. Une paix comme l’a toujours voulu Felix Houphouët Boigny, le père fondateur de la nation ivoirienne.

59 ans d’indépendance, oui, mais une vraie réconciliation est meilleure.
Vive la Côte d’Ivoire. Bonne fête d’indépendance à tous !