À Abidjan, j’emprunte souvent un véhicule à la gare de wôrô-wôrô* d’Akouédo, non loin des services des impôts du rond-point de la palmeraie. Et, depuis 3 mois, je vois petit à petit cette gare se transformer en dépotoir.

la gare d’akouedo ce 21/09/18

Il y a 3 mois la gare de wôrô-wôrô d’Akouédo n’était pas comme ce que vous voyez en image. Le goudron était parfait et on pouvait voir le semblant de caniveau qui existait. Et puis petit à petit, l’eau a commencé à stagner. Le goudron a commencé à disparaître. On a commencé à sentir une forte odeur et à faire de petits sauts pour se frayer un passage pour ne pas marcher dans l’eau sale. Choquée par ce spectacle, j’ai  interrogé certains chauffeurs sur leur environnement de travail qui se dégradait au fur et à mesure.

Gare de wôrô-wôrô d’Akouedo , dépotoir naissant : la réaction des chauffeurs

Chauffeur 1: Ce n’est pas à nous de régler cette situation. Il y a des services sanitaires du ministère c’est à eux de s’occuper de la propreté de la ville.

Chauffeur 2: Cette eau vient du lavage auto et de la cité qui se trouvent sur la côte. Il n’y a pas de caniveaux ici donc même si nous nettoyons l’eau va toujours stagner.

Chauffeur 3: Les gens s’en foutent ici. Sinon il y a des chauffeurs qui se plaignent. Mais rien ne change. Ici nous payons 4 500/mois à la mairie. Nous versons aussi 4 500 FCFA/jour aux syndicats et enfin 300 FCFA/jour pour chaque véhicule aux villageois. Je pense que nous faisons assez et qu’en retour les gens peuvent nettoyer ici au moins.

Chauffeur 4 : Il y aura bientôt les travaux de l’échangeur qui passe ici, ça ne servira à rien qu’on arrange cet endroit.

Voilà comment des gens qui vivent dans un environnement qui devient de jour en jour dangereux pour eux ont différentes manière de voir la situation. Ces chauffeurs ont commencé à mettre des gravats et du sable pour que leurs voitures puissent passer.

Non loin de la gare d’Akouédo, des vendeurs de: pain, garba*, jus de fruit, galettes, des aliments qu’ils sont les premiers à consommer. J’imagine donc les maladies qu’ils pourraient développer d’ici quelques temps et pour lesquels ils accuseront les sorciers de leur village.

À qui la faute: l’État ou la population ?

L’un des chauffeurs a évoqué les services sanitaires de l’État. J’en ai entendu parler. Et, à ce qu’il parait il y a des dizaines d’années en arrière, ils rentraient même dans les maisons pour vérifier si les toilettes étaient bien entretenues et propres. Pourquoi ne le font-ils plus ?

À cette question, je pourrais ajouter d’autres à laquelle j’ai du mal à trouver une réponse : D’où vient cette eau, comment et pourquoi ? Pourquoi les Ivoiriens accordent peu d’importance à leur environnement ? Ou encore lequel de l’État ou du peuple a démissionné ?

À mon humble avis, si après des mois de sensibilisation rien n’avance l’on doit passer à l’étape de la répression. Pouhiiin !

 

* Le wôrô-wôrô est un moyen de transport populaire abidjannais. Il s’agit de taxis collectifs à ligne régulière et à prix forfaitaire.

* Le garba est un plat populaire ivoirien à base de semoule de manioc accompagné de Thon essentiellement vendu dans de petites échoppes de rue.