Le 24 Aout dernier, j’ai assisté à la cérémonie de passation de charges entre Djibo Nicolas, président sortant de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Côte d’Ivoire  (CCI-CI) et son successeur Fama Touré.

Au cocktail, j’approche une jeune  entrepreneuse pour une interview. Sa boisson en main, elle me dit poliment, «  pourriez-vous m’accorder une petite minute s’il vous plait ? Juste le temps que je rapporte ce verre à mon ami. »

Je la laisse donc partir et me mets sur le côté pour ne pas la perdre de vue. Mais après 10 minutes d’attente, période durant laquelle je l’observais, je la rejoins au buffet où elle a élu domicile et prenant grand plaisir à manger de tout.

Surprise ! Quand je l’interpelle, elle a la bouche pleine à s’étouffer donnant l’impression de n’avoir rien avalé depuis une semaine. Ce qui était encore plus triste, ce sont les petits fours et autres soigneusement  emballés pour la maison. Eh oui, le fameux « to go ».

Elle avait recyclé, le papier aluminium qui avait servi à couvrir les différents plateaux avant le cocktail et les avait utilisés comme emballage.

Crédit photo: images.google.fr
Crédit photo: images.google.fr

« To go » ce n’est rien d’autre que le verbe « partir » en anglais que l’on utilise en nouchi* pour définir l’action de ramener un repas d’un restaurant ou d’un endroit où l’on a été pour manger. Mais comme on le dit chez nous « connaisseur connait, gaou passe ».

Un professeur d’anglais que j’ai  rencontré à Accra s’est marré en entendant cette expression, car ne voulant rien dire du tout dans la langue de Shakespeare.

Pour lui, ça aurait été plus simple de dire «  take away », « prendre pour partir ».

Sinon ça aurait été facile de dire simplement «  un emporté » n’est-ce pas ?

L’une des choses qui m’ont séduite et que j’apprécie toujours dans le métier de journaliste, c’est bien le cocktail. Ça me fascine. C’est le moment où on rencontre des gens, on discute, on échange des cartes de visite. Stagiaire, mon patron a dû me subir. Pas question de rentrer à la rédaction sans avoir goûter au cocktail. On pouvait en faire trois par jour.

Souvent, j’étais ébahie par  le comportement de certaines personnes lors de ces moments de bouffe. La manière dont les gens se ruaient sur les plateaux qui passaient devant eux  surtout quand il s’agissait des  boulettes, ou brochettes. Il y a des fois où des personnes ont manqué de se jeter  sur  le serveur qui sortait de la cuisine avec son plateau en main.

Une fois, dans un grand hôtel  j’ai vu un serveur retourner précipitamment dans la cuisine quand il a vu le nombre de personne prêt à se jeter sur lui. En fait quelques minutes plus tôt son collègue avait annoncé que c’est lui qui viendrait avec les « ailerons ».

Mais une jeune dame belle, élégante et intelligente, de surcroit chef d’entreprise, se comporter de la sorte dans une manifestation aussi importante, il y avait de quoi se poser des questions. En plus ces « to go » donnent l’impression d’être nécessiteux.

Plus tard, pendant qu’elle montait dans sa voiture avec ses nombreux « to go » ce proverbe baoulé * me revient en tête : «  Tant que tu vis, dis-toi que le plus surprenant reste à venir »

Eh oui…  je n’avais pas encore vu cette scène-là. C’est dans ce genre de situation délirante  que l’ancienne première dame Simone Gbagbo aurait crié : oh honte !

Nouchi :langage de rue parlé en Côte d’Ivoire.

Baoulé: ethnie du centre de la Côte d’Ivoire